Encore un souvenir…
 
Aujourd'hui, en faisant monter les chiens dans le véhicule, chacun a pris sa place presque immédiatement.
Ils connaissent leur box.
Ils aiment monter dans le bus.
En les regardant faire, un sourire est venu se dessiner sur mon visage.
Je me suis souvenue de toi.
Toi, tu montais toujours en dernier.
Mais avant de sauter dans ton box... il y avait un rituel.
Au moment où je t'appelais, tu partais tranquillement.
Pas pour t'enfuir.
Pas parce que tu ne voulais pas monter.
Tu faisais simplement le tour complet du véhicule.
La plupart du temps, tu disparaissais derrière le bus.
Puis je te voyais réapparaître quelques secondes plus tard, par l'avant, comme si tu venais d'effectuer une véritable inspection.
J'aimais imaginer que tu vérifiais si tout était en ordre.
Que les quatre roues étaient bien à leur place.
Que tout était prêt pour le départ.
Je ne saurai jamais ce qui se passait dans ta petite tête.
Mais c'était ton rituel.
Le tien.
Il ne servait à rien...
Et pourtant, il était indispensable.
Alors j'attendais.
Même lorsque j'étais un peu pressée.
Je te regardais faire ton tour du véhicule sans jamais t'interrompre.
Et lorsque ton inspection était terminée, tu revenais tranquillement vers moi.
Alors seulement, tu montais dans le bus.
Aujourd'hui, tous les autres montent directement.
Plus personne ne fait le tour du véhicule.
Et pourtant...
À chaque départ, pendant une fraction de seconde, je me surprends encore à attendre de te voir disparaître derrière le bus... avant de réapparaître quelques instants plus tard, l'air de dire :
« Voilà... tout est en ordre. On peut y aller. »
Elle est née dans mes mains.
Elle a vécu dans mon cœur.
Elle s'est endormie dans mes bras.
L'amour, lui, n'est jamais parti.
Épilogue
 
Les souvenirs qui reviennent…
 
Depuis ton départ, les souvenirs reviennent sans prévenir.
Ils arrivent au détour d'un geste, d'un endroit de la maison, d'une habitude restée intacte. Ils s'imposent à moi, parfois avec un sourire, parfois avec les larmes.
Je repense souvent à nos séances de travail à la maison.
Pour entraîner chaque chien individuellement, je séparais le salon en deux à l'aide de barrières. Pendant que je travaillais avec l'un, les autres attendaient leur tour de l'autre côté.
Toi, attendre...
Ce n'était vraiment pas ton fort.
Lorsque ce n'était pas encore ton tour, ou lorsque je venais de terminer les exercices avec toi et que je te remettais derrière les barrières, tu n'étais pas d'accord du tout.
Tu râlais.
Tu poussais ces petits gémissements si caractéristiques, comme pour me dire :
« Allez... c'est bon... je peux revenir maintenant ! »
Tu voulais encore travailler.
Toujours.
Tu ne comprenais pas pourquoi il fallait laisser la place aux autres.
Et tu me le faisais bien savoir.
Je souriais souvent en t'entendant protester.
Après tout...
Chacun son tour.
Aujourd'hui encore, il m'arrive de revoir cette scène et de t'entendre râler dans ma tête.
Il y a aussi ces moments où je faisais le tour de la maison pour vérifier que tout le monde était bien là.
Chaque chien avait son endroit préféré pour se reposer.
Je regardais dans le salon.
Dans la cuisine.
Dans les différents coins de la maison.
Tout le monde était là...
Sauf toi.
Je comptais une deuxième fois.
Il en manquait toujours une.
Alors je souriais déjà, parce que je savais où te trouver.
Je montais à l'étage.
Je guignais à travers la porte du bureau.
Et, comme presque à chaque fois...
Tu étais là.
Paisiblement installée sous mon bureau.
Ton petit refuge.
Tu levais la tête en me voyant arriver, avec ce regard qui semblait dire :
« Oui, oui... je suis là. »
Je repartais en souriant.
Je t'avais retrouvée.
La nuit aussi me ramène tant de souvenirs.
Tu dormais toujours du même côté.
À droite du lit, entre le lit et le mur.
C'était ta place.
Quand tu étais encore jeune, il t'arrivait pourtant de glisser pendant ton sommeil.
En bougeant alors que tu étais couchée sur le côté, tu finissais doucement... sous le lit.
Le problème, c'est qu'une fois dessous, tu ne savais plus comment ressortir.
Alors j'entendais que quelque chose n'allait pas.
Je me levais.
Et je te retrouvais coincée sous le lit.
Je devais t'aider à ressortir, te remettre délicatement sur le flanc et te tirer doucement par les pattes pour te libérer.
Une fois sortie, tout rentrait dans l'ordre.
Comme si rien ne s'était passé.
Aujourd'hui, je repense à ces nuits avec un sourire.
Ce sont ces petits souvenirs qui me reviennent.
Pas seulement les concours.
Pas seulement les grands moments.
Mais tous ces instants ordinaires qui, finalement, étaient extraordinaires parce qu'ils étaient les nôtres.
Kiowa...
Tu me manques tellement.
Je n'arrive pas encore à m'habituer à ton absence.
Le 13 juillet 2026, tu es revenue à la maison.
Je suis allée chercher tes cendres.
Je les ai déposées auprès de celles de mes autres chiens, déjà partis au Paradis des Chiens.
Ce fut un moment rempli d'émotion.
Tu étais revenue à la maison...
Ce jour-là, une étrange coïncidence est venue alourdir encore un peu plus mon cœur.
À peine avais-je ramené tes cendres que je reçus un message de Cathy.
Ton frère Kim (Kyrax) s'était lui aussi endormi ce jour-là du 13 juillet 2026, 11 jours après toi.
Il vous avait rejoints.
Toi.
Ton frère Ksar.
Votre maman Akash.
Et tous les autres.
Kim était le deuxième chiot de la portée.
Celui qui était né juste après toi.
Le chiot au collier rouge.
J'aime imaginer que, lorsqu'il est arrivé, tu l'attendais.
Comme au premier jour.
Tu étais née la première.
Et cette fois encore, tu étais arrivée avant lui.
Je repense souvent à cette phrase que je me répétais pendant tes derniers jours.
« Je ne suis pas prête. »
Aujourd'hui, je sais qu'en réalité...
Je ne l'aurais jamais été.
Je ne le serais jamais
Ce jour n'existe pas.
Je n'ai pas pris cette décision parce que j'étais prête.
Je l'ai prise parce que tu en avais besoin.
Et, malgré toute la douleur que ton départ a laissée dans mon cœur, je referais exactement le même choix.
Parce que t'aimer, c'était aussi savoir te laisser partir avant que la souffrance ne prenne toute la place.
Tu me manques chaque jour.
Et tu me manqueras toute ma vie.
Mais jamais je ne regretterai les quatorze années que nous avons partagées.
Au contraire.
Si c'était à refaire...
Je choisirais encore d'être là le 3 avril 2012, lorsque tu es née sur le canapé.
Je choisirais encore de courir avec toi sur les terrains d'agility.
Je choisirais encore les frisbees, les anneaux orange, les plumes du coussin et même le tuyau de la machine à laver.
Je choisirais encore toutes nos aventures.
Même en sachant que, quatorze ans plus tard, mon cœur se briserait.
Parce qu'une vie avec toi valait infiniment plus que la douleur de ton absence.
Au revoir, mon extraordinaire Kiowa.
Merci... pour tout.
 
« Je ne suis pas prête. »
Je ne le serais jamais…
Ce jour n'existe pas.
Je n’ai pas pris cette décision parce que j’étais prête,
Je l’ai prise parce que Kiowa en avait besoin
Chapitre 6
 
Tu es née dans mes mains... tu t'es endormie dans mes bras
 
2 juillet 2026.
Le jour que je ne voulais jamais voir arriver.
Et pourtant...
Il était là.
Ta dernière nuit s'était passée presque entièrement tout contre moi, sur le matelas installé dans le salon.
Je n'avais presque pas dormi.
Je passais ma main dans ton long pelage, encore et encore, comme si mes caresses pouvaient arrêter le temps.
Vers trois heures du matin, tu avais eu soif.
Je t'avais aidée à descendre du matelas.
Tu avais marché lentement jusqu'à ta gamelle d'eau.
Je t'avais regardée boire.
Puis tu étais allée te coucher un peu plus loin, sur le sol.
Je savais que cette nuit était la dernière.
Et je voulais me souvenir de tout.
Le bruit de tes pas.
Ton souffle.
Ton odeur.
Ton regard.
La douceur de ton poil.
Je voulais graver chacun de ces instants dans ma mémoire.
Au matin, nous sommes partis tous ensemble.
Toute la meute.
Direction le terrain de Conthey.
Je voulais t'offrir encore un moment de liberté.
Un dernier moment avec les tiens.
Un dernier «au revoir» à la Terre.
Tu peinais énormément à rester debout.
Chaque pas demandait un effort.
Pourtant, tu marchais encore un peu.
Tu reniflais les odeurs.
Tu regardais autour de toi.
Comme tu l'avais toujours fait.
Nous sommes restés près de deux heures sur le terrain.
Je t'ai serrée contre moi.
Longtemps.
Très longtemps.
Je t'ai parlé.
Je t'ai dit combien je t'aimais.
Je t'ai remerciée.
Et j'ai pris des photos.
Beaucoup de photos.
De toi.
De la meute.
De toi avec ton frère Kyphx.
Encore et encore.
Comme si je voulais retenir le temps.
Comme si chaque photo pouvait empêcher ton souvenir de s'effacer.
Mais je savais déjà que cela n'arriverait jamais.
Car tu vivais depuis longtemps dans mon cœur.
Et là, personne ne pourrait jamais t'en enlever.
Nous sommes rentrés à la maison.
Je continuais à te caresser.
Je regardais l'heure.
Je ne voulais pas qu'elle avance.
Je savais pourtant que ce moment était devenu nécessaire.
Pour toi.
Pas pour moi.
Jamais je n'aurais été prête.
Puis le vétérinaire est arrivé.
Je t'avais installée sur le canapé.
Ce même canapé...
Celui où tu étais née.
Je me suis assise près de toi.
Je t'ai prise dans mes bras.
Je t'ai enlacée.
Je t'ai entourée de mes bras.
Je sentais encore une fois la chaleur de ton corps contre le mien.
Tu étais calme.
Paisible.
Tu me regardais avec cette douceur qui t'avait toujours caractérisée.
Ton corps était épuisé.
Ton esprit, lui, avait encore envie de vivre.
Je le savais.
Tu voulais encore être avec moi.
Tu voulais encore participer.
Tu voulais encore courir.
Mais ton corps ne pouvait plus.
L'arthrose comprimait les nerfs du bas de ton dos.
Ce syndrome de la queue de cheval t'avait volé peu à peu l'usage de tes pattes arrière.
Nous avions essayé.
Tout essayé.
Les traitements.
Les opérations.
La physiothérapie.
Le Librela.
Le PhenPred.
Nous nous étions battues ensemble.
Et pendant un temps...
Nous avions gagné.
Mais cette fois, il n'y avait plus rien à faire.
Alors je t'ai laissé partir.
Avant que la douleur physique ne vienne s'ajouter à tout le reste.
Tu t'es endormie doucement.
Sans peur.
Sans agitation.
Sans un sursaut.
Simplement...
Dans mes bras.
Comme si tu t'abandonnais une dernière fois en toute confiance.
Le silence qui suivit fut assourdissant.
Je restai là.
À te tenir contre moi.
À caresser encore ton pelage.
À pleurer toutes les larmes de mon corps.
Mon cœur venait de se briser.
Mais, au milieu de cette immense douleur, une pensée m'apporta un peu de paix.
Tu étais libre.
Enfin.
Tu ne tomberais plus.
Tu ne lutterais plus pour te relever.
Tu ne serais plus prisonnière d'un corps qui ne répondait plus à ton immense envie de vivre.
Tu étais libre.
Tu étais née sur ce canapé.
Et c'est sur ce même canapé que tu t'étais endormie.
Comme si la vie avait choisi de refermer doucement le cercle qu'elle avait ouvert quatorze ans plus tôt.
Je t'imagine maintenant courir.
Sans douleur.
Sans fatigue.
Retrouver ta maman Akash.
Ton frère Ksar.
Tes demi-frères D'Jam et Twarak.
Ta tante Tikal.
Retrouver Stryker.
Faire enfin connaissance avec Phako et Waukee.
Je les imagine tous venir à ta rencontre.
Et toi...
Courir vers eux comme tu savais si bien le faire.
Le vent dans ton long pelage.
Les oreilles dressées.
Le regard pétillant.
Libre.
Enfin libre.
Merci, Kiowa.
Merci pour ton amour inconditionnel.
Merci pour ta confiance.
Merci pour ta joie de vivre.
Merci pour toutes les aventures que nous avons partagées.
Merci pour les concours.
Merci pour les baignades.
Merci pour les frisbees.
Merci pour les anneaux orange réduits en morceaux.
Merci pour les coussins éventrés.
Merci même pour le tuyau de la machine à laver...
Aujourd'hui encore, ces souvenirs me font sourire.
Merci pour tout ce que tu m'as appris.
Tu étais douce.
Tu étais profondément gentille avec tous les humains et tous tes congénères.
Avec les années, tu étais devenue incroyablement belle, avec une fourrure magnifique.
Ton long pelage te donnait une allure majestueuse.
Tu n'aimais pas être importunée, et tu savais le faire comprendre par quelques grognements, toujours sans agressivité.
Tu avais un caractère en or.
Curieuse.
Expressive.
Volontaire.
Ces derniers temps encore, je te faisais participer à mes classes chiots-ados.
Avec ton frère Kyphx, vous aidiez les jeunes chiens à apprendre les bons comportements.
Toujours avec calme.
Toujours avec justesse.
Vous vous faisiez respecter sans jamais faire peur.
Tu étais extraordinaire.
Et c'est ainsi que je veux me souvenir de toi.
Pas de la maladie.
Pas des derniers jours.
Je veux revoir la petite chienne née sur le canapé.
La jeune sportive qui volait derrière son frisbee.
La nageuse infatigable qui plongeait sans hésiter.
La chipie qui détruisait ses anneaux orange en cachette.
La partenaire d'agility toujours prête à travailler.
Le chien au cœur immense.
Kiowa...
Veille sur moi.
Veille sur toute la meute.
Prépare-nous une place au Pont de l'Arc-en-Ciel.
Un jour, nous nous retrouverons.
Je ne t'oublierai jamais.
Tu n'es pas seulement un souvenir.
Tu fais partie de moi.
Comme chacun des chiens qui ont partagé ma vie.
Si aujourd'hui je suis celle que je suis...
C'est grâce à vous.
Je suis soulagée de savoir que tu ne souffres plus.
Mais ton absence laisse un vide immense.
Au revoir, mon extraordinaire Kiowa.
Bon voyage, ma Kiowa.
Cours...
Cours libre
Cours comme autrefois.
Et attends-moi.
Un jour, nous serons de nouveau ensemble.
Maintenant, va.
Va là où un jour nous seront à nouveau ensemble.
Chapitre 5
 
Le dernier voyage
 
Le 29 juin 2026, nous avions rendez-vous chez le vétérinaire.
Comme chaque mois, nous devions lui faire son injection de Librela.
Au fond de moi, je savais pourtant que cette consultation serait différente.
Lorsque le vétérinaire examina Kiowa, il constata ce que je voyais chaque jour un peu plus.
Son état s'était considérablement dégradé.
Nous décidâmes ensemble de ne pas faire l'injection.
À quoi bon repousser de quelques jours une évidence que nous avions déjà tous les deux devant les yeux ?
Alors, avec le cœur serré, nous avons fixé une date.
Jeudi 2 juillet.
Monsieur Rossier viendrait à la maison.
Kiowa s'endormirait chez elle.
Dans son environnement.
Au milieu des siens.
Cette décision, comme à chaque fois,  fut une épreuve terriblement difficile de ma vie.
Pendant des semaines, j'avais espéré un miracle.
J'en espérais encore un.
On espère toujours.
Même lorsque l'on sait qu'il n'arrivera pas.
Je regardais tes griffes.
Déjà au mois de mai, alors que tu marchais encore un peu, elles étaient complètement usées à force de traîner au sol.
Parfois, elles saignaient.
Depuis que je ne t'emmenais plus en promenade avec les autres, elles avaient commencé à repousser.
Mais ce n'était qu'un détail.
À présent, c'était le dessus de tes pattes arrière qui s'abîmait.
Tu ne les redressais plus correctement.
Elles frottaient sur le sol.
De petites plaies apparaissaient.
Non.
Ce n'était plus une vie.
Tu ne semblais pas souffrir physiquement.
Mais je te connaissais.
Je savais que, moralement, tu n'étais plus heureuse.
Toi qui avais toujours aimé courir.
Toi qui aimait jouer.
Toi qui avais toujours aimé travailler.
Toi qui étais incapable de rester en place.
Te voir ainsi était insupportable.
Je revenais souvent m'asseoir près de toi.
Tu levais la tête.
Tu me regardais.
Et j'avais l'impression que tu me souriais.
Un sourire que seuls ceux qui aiment profondément les chiens savent reconnaître.
Tu posais ton regard sur moi avec tellement d'amour.
Je m'effondrais en larmes.
Alors tu levais encore un peu la tête.
Tu venais lécher mes mains.
Comme si, une fois encore, c'était toi qui cherchais à me consoler.
À cet instant, j'ai eu la certitude que tu avais compris.
Tu savais.
Tu savais que ton heure approchait.
Et malgré cela...
Tu continuais simplement à m'aimer.
Je te regardais et je te parlais.
« Kiowa...
Je ne serai jamais prête à ton départ.
Dis-moi ce que tu souhaites...
Je t'aime tellement...
Tu es le tout premier chien né chez moi...
Sur le canapé... »
Chaque nuit, je dormais avec toi sur le matelas installé dans le salon.
Je t’installais tout contre moi.
Je te caressais pendant de longues minutes.
Parfois de longues heures.
Puis, au milieu de la nuit, tu voulais aller boire.
Je t'aidais à descendre.
Tu faisais quelques pas.
Tu buvais.
Puis tu allais parfois faire un petit tour dans la pelouse avant de revenir te coucher.
Je veillais à tes mouvements et me précipitais pour t’aider si nécessaire.
Je savais que ces instants étaient comptés.
Alors je les vivais pleinement.
Je les gravais dans ma mémoire.
Je voulais me souvenir de tout.
De chacun de tes regards.
De chacune de tes respirations.
De chacun de tes petits gestes.
Je voulais retenir le temps.
Mais le temps ne s'arrête jamais.
Je pensais aussi à tous ceux qui t'attendaient.
Ta maman Akash.
Ton frère Ksar.
Tes demi-frères D'Jam et Twarak.
Ta tante Tikal.
Stryker, que tu avais connu.
Et puis Phako et Waukee, que tu n'avais jamais rencontrés.
Je me plaisais à imaginer qu'ils viendraient t'accueillir.
Cette pensée était la seule qui m'apportait un peu de réconfort.
Je te demandais aussi pardon.
Pardon pour toutes les erreurs que j'avais pu commettre.
J'aurais voulu t'offrir une vieillesse plus douce.
Je me mettais en colère.
Pas contre toi.
Jamais.
Mais contre cette injustice.
Pourquoi toi ?
Pourquoi une chienne aussi joyeuse, aussi vive, aussi pleine d'énergie devait-elle finir ainsi ?
Je revoyais la jeune Kiowa courant après son frisbee.
Bondissant au-dessus de l'herbe.
Traversant l'eau sans hésiter.
Et aujourd'hui...
Je te voyais lutter simplement pour rester debout.
Ce n'était pas juste.
Le 1er juillet, je voulus que cette journée soit belle.
Je préparai ton dernier repas.
J'y mis tout ce que tu aimais.
Tout.
Tu mangeas avec un immense plaisir.
Tu ne trébuchas pas.
Tu savourais chaque bouchée.
En te regardant, j'étais heureuse.
Parce que, pendant quelques minutes encore, tu retrouvais un plaisir simple.
Ton dernier repas.
Ton dernier grand plaisir sur cette Terre.
Le lendemain...
Le calendrier indiquait 2 juillet 2026.
Le jour que je redoutais depuis si longtemps était arrivé.
Pendant cette dernière nuit, tu passas une grande partie du temps contre moi.
Je dormis très peu.
Je te caressai longtemps.
Vers trois heures du matin, tu eus soif.
Je t'aidai à descendre du matelas.
Tu allas boire.
Puis tu te couchas sur le sol.
Je savais.
Chaque minute qui passait nous rapprochait de notre dernier au revoir.
Chapitre 4
 
Les derniers mois... apprendre à dire au revoir
 
Le début de l'année 2026 marqua un nouveau tournant.
Je voyais bien que tu peinais de plus en plus.
Le 22 janvier 2026, nous sommes allé faire une grande balade à Mandelon avec les Schroeter et Bernard.
J’étais un peu en soucis, peur que ce soit trop pour toi…
Mais non, en ne marchant pas trop vite, tu as magnifiquement suivi et pris beaucoup de plaisir lors de cette ballade.
Ton regard était rempli de bonheur et de reconnaissance.
Tu as pu profiter pleinement de cette balade incroyable.
Tu as couru dans la neige. Tu aimais tant la neige !
Cela me rempli de joie.
En ce début d’année, sans même m’en rendre compte, j’avais ralenti ma marche pour m’adapter à ta vitesse.
Nous avancions désormais à ton rythme.
Tu suivais tranquillement.
Tu prenais le temps de renifler chaque odeur.
Tu allais parfois mettre les pattes dans l'eau.
Tu profitais simplement de la promenade.
L'essentiel n'était plus la distance parcourue.
L'essentiel était d'être ensemble.
Au mois d'avril, tu commenças vraiment à avoir de la peine.
Le vétérinaire te prescrivit du PhenPred.
Pendant quelque temps, le changement fut spectaculaire.
Tu allais beaucoup mieux.
En marchant doucement, à ton rythme, tu retrouvais le plaisir des promenades.
Je savais bien que ce traitement ne ferait pas de miracle.
Mais je savourais chaque journée où je te voyais retrouver un peu de ton énergie.
Malheureusement, cette amélioration fut de courte durée.
Dès le mois de mai, les premiers signes d'aggravation apparurent.
Par moments, tu tombais.
Tes pattes arrière se croisaient parfois lorsque tu marchais.
Si je prenais un peu d'avance, tu voulais absolument me rejoindre.
Tu essayais d'accélérer.
Alors tu t'encoublais.
Et tu tombais.
Tu voulais continuer à me suivre.
Ton corps, lui, ne pouvait plus.
J’ai encore ralenti ma marche, je te relevais à chacune de tes chutes, te disant que ce n’est rien.
Je voulais vraiment que tu marche un peu tous les jours car je savais parfaitement que le jour où tu n’y arriverais plus, ce jour marquerait un non-retour.
Les promenades devenaient de plus en plus difficiles.
Avec le cœur lourd, je pris une décision que je redoutais.
Au début du mois de juin, je cessai de t'emmener avec les autres chiens.
Je ne pouvais plus te demander un tel effort.
Mais je refusais que tu restes enfermée.
Chaque jour, je t'emmenais malgré tout au terrain de Conthey ou à celui de Saint-Léonard.
Là-bas, tu pouvais marcher tranquillement, sans stress, sans avoir besoin de suivre le rythme de la meute.
Certains jours, tout se passait relativement bien.
D'autres étaient beaucoup plus compliqués.
Il t'arrivait de tomber sans parvenir à te relever seule.
Alors je venais t'aider.
Et pourtant...
Il suffisait que je commence un entraînement d'agility.
Je te laissais libre, couchée à l'ombre.
Je pensais que tu resterais te reposer.
Mais tout à coup...
Je te retrouvais à côté de moi.
Tu voulais participer.
Tu voulais être avec moi.
Tu cherchais ma présence, mon contact.
Tu voulais travailler, faire un petit tunnel car tu y parvenais encore.
Comme si, pendant quelques instants, tu oubliais complètement que ton corps te trahissait.
C'était à la fois magnifique...
...et terriblement douloureux.
Car je savais que cette volonté extraordinaire ne suffisait plus.
Parfois aussi, tu t'oubliais.
Il t'arrivait de faire tes besoins sous toi.
Tu n'y pouvais rien.
Et moi, je voyais bien que cela te gênait.
Chaque jour devenait une succession de questions auxquelles personne ne pouvait répondre à ma place.
Jusqu'où fallait-il aller ?
Comment savoir quand le moment serait venu ?
Je me préparais à devoir te dire au revoir.
Mais je n'y arrivais pas.
Certains matins, je me disais que c'était sans doute le moment.
Puis, le soir même, tu trottinais presque comme avant.
Alors je repoussais encore cette décision.
Comment choisir, quand le cœur refuse ce que la raison commence à comprendre ?
Le 9 juin, j'installai un matelas à air dans le salon.
Je voulais te faciliter la vie.
Tu pouvais ainsi mieux te déplacer pendant la nuit pour aller boire.
Je laissais la porte-fenêtre ouverte sur le jardin.
Parfois, je t'entendais sortir doucement.
Je reconnaissais ton bruit de pas.
J'entendais aussi ces petits trébuchements qui me faisaient aussitôt ouvrir les yeux.
Alors je me levais pour venir t'aider.
Ces nuits-là étaient courtes.
Mais elles étaient précieuses.
Lorsque je devais partir promener les autres chiens, je ressentais toujours la même peine.
Je n'aimais pas te laisser.
Pourtant, les autres avaient eux aussi besoin de sortir.
À chaque départ, je te donnais une gourmandise.
Une façon de te faire patienter.
Une façon de te dire que je revenais bientôt.
Tu me regardais souvent avec ce regard que je connaissais si bien.
Comme si tu me demandais :
« Et moi ? »
Ces deux mots silencieux me brisaient le cœur.
Alors je cherchais toujours quelque chose qui te ferait plaisir.
Au début, je te donnais de longues friandises à mâcher.
Mais, à mon retour, elles étaient toujours intactes.
Je pensais que tu n'en avais simplement pas envie.
Alors, je te donnais des friandises plus simple à mâcher, mais aussi qui ne duraient pas le temps de mon absence.
A mon retour, ces friandises avaient toutes été mangées !
Le 29 juin, je compris enfin pourquoi tu laissais les friandises de mastication.
Je restai près de toi pendant que tu essayais d'en manger une.
Tu en avais envie.
Tu voulais la mâcher.
Mais dès que tu essayais de tenir ton buste droit tout en restant couchée, tu basculais sur le côté.
Tu tombais.
Ce n'était pas un manque d'envie.
C'était devenu impossible.
Alors je t'aidai.
Tu étais heureuse.
Et moi...
Je compris définitivement que le moment approchait.
Depuis une dizaine de jours déjà, ton état s'était nettement aggravé.
Tu n'arrivais presque plus à replacer correctement tes pattes arrière.
Elles se retournaient sous toi.
Lorsque tu buvais, tu ne parvenais plus à rester stable.
Ta patte arrière gauche, plus faible, se dérobait.
Tu tournais sur toi-même.
Puis tu tombais les fesses dans la gamelle d'eau.
Tu ne contrôlais plus toujours tes sphincters.
Lorsqu'au contraire tu arrivais encore à faire tes besoins normalement, tu conservais cette vieille habitude de marcher en même temps.
Mais désormais, tes pattes ne suivaient plus.
Il t'arrivait de tomber... dans tes propres déjections.
Ta masse musculaire avait fondu.
Il ne restait presque plus rien de ce corps si puissant, si rapide, si athlétique.
Et pourtant...
Le 19 juin, puis encore le 24 juin, pendant les entraînements d'agility, je te laissai libre, couchée à l'ombre.
Comme les fois précédentes...
Tu te relevas.
Et soudain...
Tu étais à côté de moi.
Toujours fidèle.
Toujours volontaire.
Tu voulais vraiment rester très près de moi.
Comme si ton cœur refusait d'abandonner.
Où avais-tu compris ?
Mais ton corps, lui, n'en pouvait plus.
Chapitre 3
 
Courir malgré tout
 
Les années passaient.
Tu continuais à vivre intensément, à courir, à jouer et à travailler avec le même enthousiasme. Rien ne semblait pouvoir ralentir ton incroyable énergie.
Puis, au début de l'année 2022, tout changea.
Comme tant d'autres fois, tu courais après ton jouet.
Une glissade.
Un mauvais appui.
Au début, ce n'était qu'une légère boiterie.
Tu continuais malgré tout à courir comme si de rien n'était.
Toi, t'arrêter ?
Jamais.
Mais les jours passaient et cette boiterie ne disparaissait pas.
Le 7 mars 2022, je consultai donc mon vétérinaire.
Radiographies.
Examen clinique.
Le verdict tomba rapidement.
Tout laissait penser à une rupture du ligament croisé du genou arrière gauche. Un épanchement articulaire semblait également présent.
Quelques jours plus tard, le 17 mars, nous nous rendîmes chez MédiVet, à Lausanne.
Une arthroscopie et une biopsie confirmèrent le diagnostic.
Le 31 mars 2022, tu fus opérée.
Une TPLO.
Chez le chien, cette intervention consiste à couper le tibia afin de modifier son angle, puis à le fixer avec une plaque et plusieurs vis pour stabiliser le genou.
L'opération se déroula très bien.
Mais le plus difficile commençait.
La rééducation.
Six longues semaines de repos strict.
Pour beaucoup de chiens, c'est déjà compliqué.
Pour toi...
C'était presque mission impossible.
Tu avais tellement envie de bouger.
Toi qui était un chien très propre, qui ne faisait jamais tes besoins dans le jardin
tu venais me chercher pour me dire qu’il fallait sortir…
J’ai donc dû t’apprendre à te soulager dans le jardin
Pour limiter tes mouvements.
Ça n’a pas été facile.
Pour éviter que tu ne fasses « l'andouille » pendant que je promenais les autres chiens, j'avais installé un parc à chiots dans la maison.
Je pensais avoir trouvé la solution.
Je me trompais.
Tu réussis à pousser le parc.
Je plaçai alors des chaises devant.
Tu décidas simplement... de sauter par-dessus.
Et pourtant, tu portais une collerette.
Tu n'étais même pas censée monter des escaliers.
C'est grâce à la caméra de surveillance que je découvris ton exploit.
J'aurais dû être fâchée.
À la place, après le peur que le montage TPLO soit déplacé, je me retrouvai presque à sourire devant ton incroyable détermination.
Heureusement, cette escapade n'eut aucune conséquence.
Il fallut malgré tout trouver une autre organisation.
Pendant cette période, tu suivis également de nombreuses séances de physiothérapie.
Tu travaillais toujours avec envie.
Tu voulais récupérer.
Et tu récupéras remarquablement bien.
À la fin du mois de juillet, une nouvelle boiterie apparut pourtant.
Les radiographies de contrôle étaient rassurantes.
Tout était en ordre.
Tu repris donc un traitement anti-inflammatoire, qui permit d'améliorer la situation.
Mais le destin avait décidé de nous mettre une nouvelle fois à l'épreuve.
Au début de l'année 2023, tu recommenças à boiter.
Cette fois...
De l'autre patte arrière.
Je savais que près d'un chien sur deux ayant rompu un ligament croisé finit par rompre l'autre dans l'année qui suit.
Il fallait croire que tu avais décidé de confirmer les statistiques.
Le 23 janvier 2023, je retournai chez mon vétérinaire.
Le 7 février, tu étais de nouveau à Lausanne.
Nouvelle arthroscopie.
Nouvelle TPLO.
Nouvelle plaque.
Nouvelles vis.
Et surtout...
Nouvelle rééducation.
Une fois encore, il fallut t'empêcher de courir.
Une fois encore, il fallut surveiller chacun de tes mouvements.
Une fois encore, tu trouvais que tout cela était parfaitement inutile.
Tu voulais simplement reprendre ta vie.
Pauvre Kiowa...
Pourtant, malgré ces deux opérations importantes, tu gardais cette même envie de travailler.
Cette même étincelle dans le regard.
À partir de l'été 2024, je commençai à remarquer que ton arrière-train devenait plus raide.
Tu présentais parfois une légère boiterie.
Les anti-inflammatoires t'aidaient.
Puis nous avons commencé les injections de Librela.
Grâce à elles, tu retrouvais un meilleur confort.
Mais le temps poursuivait son œuvre.
Il avançait, lentement mais inexorablement.
Et malgré tout...
Tu continuais à vouloir vivre comme avant.
Ne plus faire d'agility fut probablement plus difficile pour toi que pour moi.
Je savais combien cela te rendait heureuse.
Je savais aussi combien cela te manquait.
Alors, à partir de juillet 2023, je pus encore t'inscrire à quelques concours amicaux et à des Tunnel Cup.
Lorsque nous entrions sur le terrain, je retrouvais immédiatement ton regard.
Ce regard rempli de joie.
Ce regard qui semblait me dire :
« Enfin... on y retourne ! »
Je voyais ton bonheur.
Je voyais aussi cette forme de reconnaissance.
Comme si tu me remerciais de t'offrir encore ces quelques instants de liberté, de course, de parcours.
Ce furent des moments précieux.
Des cadeaux.
Mais les années passaient.
Petit à petit, je voyais que les parcours devenaient plus difficiles.
Tu avais toujours envie.
Toujours cette volonté incroyable.
Mais ton corps ne suivait plus aussi facilement.
Le 5 octobre 2025, lors d'une Tunnel Cup, tu disputas ton dernier concours.
Je savais, au fond de moi, que cette journée marquait la fin d'une époque.
Tu voulais encore courir.
Tu voulais encore travailler.
Mais je voyais que chaque effort te demandait davantage.
Ton frère Kyphx continuait lui aussi à vieillir.
Il se déplaçait un peu mieux que toi, mais lui aussi commençait à économiser ses mouvements.
Le temps n'épargne personne.
Pas même les chiens qui semblent avoir une énergie inépuisable.
Chapitre 2
 
Une chienne extraordinaire
 
Après l'opération, tu retrouvais peu à peu toute ton énergie.
Et de l'énergie, tu n'en manquais pas.
Tu étais une chienne extrêmement vive, incroyablement rapide et toujours pleine d'entrain. Tu aimais tout le monde. Les humains, les chiens, les nouvelles rencontres... ta gentillesse faisait partie de toi.
Très vite, il devint évident que tu avais un talent particulier.
L'agility.
Sur les parcours, tu étais un véritable petit bolide.
Tu filais d'obstacle en obstacle avec une vitesse impressionnante. Les Jumpings et les Open étaient souvent pour toi. Tu réalisais régulièrement les meilleurs temps.
Mais aux Officielles, il y avait toujours...
la petite faute.
Une barre.
Une zone.
Toujours quelque chose qui nous empêchait de passer en classe supérieure.
À chaque concours, c'était la même histoire.
Un temps exceptionnel... mais une erreur.
C'en devenait presque une habitude.
Je savais pourtant de quoi tu étais capable.
Un jour, j'avais lancé un défi à Toni Schmidt.
Je lui avais dit que si j'arrivais à faire monter Kiowa de A en 1, je m'inscrirais à leur club.
Le défi semblait ambitieux.
Et pourtant...
Le jour arriva enfin.
Nous avions réussi.
Comme promis, je m'inscrivis alors au club Click'Agil, sous les couleurs duquel je continue encore aujourd'hui à concourir.
Tu as changé bien plus que ton propre parcours.
Tu as aussi changé le mien.
En dehors des terrains d'agility, tu avais une autre immense passion.
Le frisbee.
Tu adorais le poursuivre, t'élancer à toute vitesse et bondir pour le rattraper en plein vol.
C'était un spectacle.
Tu prenais ton impulsion avec une facilité déconcertante et tu semblais rester suspendue dans les airs quelques instants avant d'attraper le disque avec une précision incroyable.
J'adorais te regarder faire.
Tu avais une détente impressionnante et une agilité naturelle qui rendaient chacun de tes sauts magnifique.
Puis arriva la deuxième portée d'Akash.
Au milieu des chiots se trouvait une petite femelle.
Lyhak.
Très vite, elle devint une sorte de rivale... ou plutôt une partenaire de jeu.
Lorsque je lançais une balle ou un frisbee, tu prenais un malin plaisir à la provoquer.
Tu venais la chercher, tu l'invitais à te poursuivre, puis tu partais à toute vitesse, certaine qu'elle allait se lancer derrière toi.
C'était devenu votre jeu.
Et c'était vraiment drôle à regarder.
Plus tard, un nouveau jouet fit son apparition.
Un simple anneau orange.
Mais pour toi, il n'avait rien de simple.
Il devint ton jouet.
Alors que les autres chiens couraient après les Kong ou les balles, toi, tu ne voulais que ton anneau orange.
D'ailleurs, les autres ne s'y intéressaient presque pas.
Il était à toi.
Lyhak, elle, ne cherchait même pas vraiment à porter le jouet.
Ce qui l'amusait, c'était surtout de te provoquer.
Parfois, elle réussissait malgré tout à attraper un morceau de l'anneau.
Alors commençait une véritable partie de traction.
Chacune tirait de toutes ses forces.
Autant dire que les anneaux ne résistaient jamais très longtemps.
Comme si cela ne suffisait pas, tu avais une autre habitude.
Tu adorais détruire ton anneau, en faire de confettis.
Une fois ton trophée récupéré, tu allais discrètement dans un coin tranquille pour le réduire en miettes.
Et moi...
Je retrouvais régulièrement de petits morceaux d'anneau orange dans tous les endroits stratégiques du terrain où tu avais décidé de t'installer pour poursuivre ton œuvre de destruction.
C'était devenu presque une signature.
On savait toujours où Kiowa était passée.
Il suffisait de suivre les petits morceaux d'anneau orange.
Tu étais aussi une experte...
...dans un autre domaine.
Les bêtises.
Tu n'aimais pas beaucoup que je parte travailler.
Tu me le faisais comprendre à ta façon.
Des CD y sont passés.
Le téléphone aussi.
Un coussin également.
Et quel coussin !
Je peux aujourd'hui affirmer une chose avec certitude : dans un coussin de quarante centimètres sur quarante, il y a une quantité impressionnante de plumes.
Il y en avait absolument partout.
J'en retrouvais encore... trois semaines plus tard.
Pensant résoudre le problème, je décidai de te laisser dans le local chiens, là où se trouvait aussi la machine à laver.
Le tuyau d'arrivée d'eau se trouvait pourtant bien au fond, contre le mur.
Il n'y avait qu'une dizaine de centimètres accessibles.
Je me disais qu'il était hors de portée.
Je te sous-estimais.
Tu réussis à l'atteindre.
Et tu le rongeas.
Résultat...
De l’eau partout et il fallut changer la machine à laver.
Après cet épisode, je fabriquai des panneaux de protection afin d'empêcher toute nouvelle catastrophe.
Malgré toutes ces bêtises, jamais je ne pouvais réellement t'en vouloir.
Tu étais tellement gentille.
Toujours joyeuse.
Toujours pleine d'envie.
Toujours prête à partir vivre une nouvelle aventure.
Tu aimais courir.
Tu aimais jouer.
Tu aimais l'eau.
Et tu nageais avec un plaisir évident.
Tu étais tout simplement heureuse de vivre.
Et cette joie de vivre illuminait chacune de nos journées.
Kiowa du Loup des Alpes
 
3 avril 2012 – 2 juillet 2026
 
Tu es née dans mes mains.
Tu t'es endormie dans mes bras.
Entre ces deux instants, il y a eu quatorze années d'amour, de complicité, de travail, de jeux, de bêtises et de bonheur.
Cette histoire est la tienne.
 



Chapitre 1
 
Le premier souffle
 
Le 3 avril 2012 restera à jamais gravé dans ma mémoire.
Depuis la veille au soir, la température d'Akash avait chuté. Je savais que le moment approchait. Aujourd'hui serait le jour où elle mettrait bas.
C'était une journée particulière à bien des égards. Ce serait la première portée d'Akash, mais aussi la toute première naissance de mon élevage. Tout était nouveau. Tout était à construire.
Greg et Carole étaient venus partager ce moment avec moi. Ils espéraient assister à la naissance des premiers chiots. Les heures passaient pourtant sans que rien ne se produise.
Bientôt vingt heures.
Toujours rien.
Ils commencèrent à penser qu'il était temps de rentrer chez eux. Ils allaient repartir sans avoir vu le moindre chiot naître.
Pendant ce temps, Akash était tranquillement installée sur le canapé.
Je l'observais attentivement lorsqu'un petit reflet attira soudain mon regard.
Entre ses pattes arrière, quelque chose brillait.
Je me précipitai.
Oui... le premier chiot venait de naître.
C'était une petite femelle.
J'installai rapidement Akash dans la caisse de mise bas, puis j'aidai cette toute petite chienne à trouver une tétine.
Cette première petite femelle née... sur le canapé...
C'était toi.
Kiowa.
Sans le savoir, tu venais déjà d'écrire la première ligne de ton histoire.
Quelques semaines plus tard, alors que tu avais environ sept semaines, Greg et Carole étaient de nouveau présents à la maison.
Je leur montrais les chiots qui découvraient le monde devant le garage.
Comme toujours, tu étais curieuse.
Tu explorais les environs avec une assurance incroyable. Rien ne semblait pouvoir t'arrêter.
Puis tu t'approchas du bord du canal.
Avant que nous ayons le temps de réagir...
...tu tombas dedans.
Greg se précipita immédiatement pour te récupérer.
Heureusement, tu n'avais absolument rien.
Le plus étonnant, c'est que cette mésaventure ne t'effraya pas le moins du monde. Bien au contraire.
Toute ta vie, tu as aimé l'eau.
Tu nageais avec plaisir, sans la moindre hésitation, comme si ce premier plongeon avait simplement été le début d'une longue histoire d'amour avec les rivières, les lacs et tout ce qui ressemblait à un point d'eau.
Mais il y a une chose qui restera toujours vraie.
Greg a sauvé Kiowa.
Tu grandissais et tu devenais une magnifique jeune chienne.
Tout semblait parfaitement se dérouler.
Jusqu'à l'hiver de tes sept mois.
En janvier 2013, tu commenças à manger avec difficulté. Très vite apparurent de violentes coliques, accompagnées de selles fortement teintées de sang frais.
Tu perdais également l'appétit.
Cette période provoqua un retard de croissance qui m'inquiétait énormément.
Le premier traitement donné par mon vétérinaire sembla fonctionner pendant quelques jours.
Puis tout recommença.
Les douleurs revenaient.
Le sang aussi.
Une seconde consultation n'apporta pas davantage d'amélioration.
Je refusais de me résigner.
En mars 2013, je t'emmenai donc au Tierspital.
Le diagnostic tomba.
Tu souffrais d'une invagination intestinale.
Il fallait t'opérer.
L'opération se déroula parfaitement.
Les vétérinaires m'expliquèrent qu'il existait un risque de récidive.
Pendant longtemps, cette idée resta dans un coin de ma tête.
Mais finalement...
Tu ne récidivas jamais.
Tu avais remporté ton premier grand combat.
En souvenir de toi
 
J'ai entendu ta voix dans le vent aujourd'hui
 
Auteur inconnu – Traduction française
❦
.
 
J'ai entendu ta voix dans le vent aujourd'hui,
et je me suis retourné pour voir ton visage.
La douceur du vent m'a caressé
tandis que je restais là, immobile, en silence.
 
J'ai senti ton toucher dans le soleil aujourd'hui,
alors que sa chaleur emplissait le ciel.
J'ai fermé les yeux pour retrouver ton étreinte,
et mon esprit s'est envolé très haut.
 
J'ai vu tes yeux dans la vitre de la fenêtre
en regardant la pluie tomber.
Il me semblait que chaque goutte de pluie,
en tombant doucement, murmurait ton nom.
 
Aujourd'hui, je t'ai gardé tout contre mon cœur ;
cela m'a fait me sentir entier.
Tu es peut-être parti(e)… mais tu n'es pas absent(e).
Tu feras toujours partie de moi.
 
Tant que le soleil brillera…
que le vent soufflera…
que la pluie tombera…
tu vivras à jamais en moi,
car c'est tout ce que mon cœur sait.
 

❦
 
À jamais dans mon cœurs
Ton amour continue de m’accompagner,
dans chaque rayon de soleil,
dans chaque souffle du vent,
dans chaque goutte de pluie.
Là, ils purent mettre en évidence une invagination intestinale. Kiowa a été opérée le 13.03.2013. Ils ont dû lui enlever un bout d’intestin… (environ 10 cm d’iléon, juste au-dessus de la jonction iléo-caecale. Depuis, Kiowa a retrouvé toute sa joie, sa vitalité… elle est en pleine forme et est vraiment très vive, elle a une énergie débordante… elle a récupérer son retard de poids, elle mange comme un ogre… bref, elle fait plaisir à voir…
 
Kiowa est une petite chienne très affectueuse, cependant, il faut lui consacrer un peu de temps afin de gagner sa confiance, mais ensuite, elle donne une affection sans limite…
Je l’entraine pour l’agility… elle est hyper vive, rapide et me réjouis de voir ce qu’on pourra faire…
Kiowa est née chez moi… elle fait partie de la première portée de mon élevage… jamais je n’avais pensé que cela puisse arriver un jour… et pourtant, voici la concrétisation de l’idée que m’avait donné Brenda… avec Akash, la chienne que Brenda m’a presque donné…
 

Kiowa est la 1ière née d’une portée de 5 chiots (1 femelle, 3 mâle, et malheureusement 1 femelle morte née). Elle était aussi la plus lourde, grosse à la naissance… Kiowa est la sœur de Kyphx et Ksar.
 

Tout aller pour le mieux, mais vers l’âge de 6 mois, Kiowa eu quelques selles ensanglantées. Avec un traitement, cela passa, mais son appétit avait diminué un peu…
Plus tard, vers 8 mois, Kiowa eu à nouveau des problèmes de sang dans les selles, avec des périodes normale… mais elle mangeait mal. Elle réagissait bien au traitement anti-inflammatoire mais une à deux semaines plus tard, à nouveau du sang… pensent alors à une éventuelle intolérance alimentaire, Kiowa a été mise sous régime spéciale. A nouveau, des améliorations, un appétit un peu mieux… mais pas assez et elle ne prenait pas assez de poids… elle faisait le yoyo entre périodes bien et périodes mauvaises… et je sentais que Kiowa n’était pas bien, inconfortable, elle s’étirait beaucoup, était gênée par quelque chose, devait avoir des douleurs, était moins vive…  ne comprenant pas vraiment ce qu’il se passait, mon vétérinaire nous envoya au Tierspital à Berne pour plus d’examens et de recherche sur ce qui se passait.
 
Kiowa  (Kiowa du Loup des Alpes)
   
03.04.2012  -  02.07.2026
KIowa
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