Chapitre 4
Les derniers mois... apprendre à dire au revoir
Le début de l'année 2026 marqua un nouveau tournant.
Je voyais bien que tu peinais de plus en plus.
Le 22 janvier 2026, nous sommes allé faire une grande balade à Mandelon avec les Schroeter et Bernard.
J’étais un peu en soucis, peur que ce soit trop pour toi…
Mais non, en ne marchant pas trop vite, tu as magnifiquement suivi et pris beaucoup de plaisir lors de cette ballade.
Ton regard était rempli de bonheur et de reconnaissance.
Tu as pu profiter pleinement de cette balade incroyable.
Tu as couru dans la neige. Tu aimais tant la neige !
Cela me rempli de joie.
En ce début d’année, sans même m’en rendre compte, j’avais ralenti ma marche pour m’adapter à ta vitesse.
Nous avancions désormais à ton rythme.
Tu suivais tranquillement.
Tu prenais le temps de renifler chaque odeur.
Tu allais parfois mettre les pattes dans l'eau.
Tu profitais simplement de la promenade.
L'essentiel n'était plus la distance parcourue.
L'essentiel était d'être ensemble.
Au mois d'avril, tu commenças vraiment à avoir de la peine.
Le vétérinaire te prescrivit du PhenPred.
Pendant quelque temps, le changement fut spectaculaire.
Tu allais beaucoup mieux.
En marchant doucement, à ton rythme, tu retrouvais le plaisir des promenades.
Je savais bien que ce traitement ne ferait pas de miracle.
Mais je savourais chaque journée où je te voyais retrouver un peu de ton énergie.
Malheureusement, cette amélioration fut de courte durée.
Dès le mois de mai, les premiers signes d'aggravation apparurent.
Par moments, tu tombais.
Tes pattes arrière se croisaient parfois lorsque tu marchais.
Si je prenais un peu d'avance, tu voulais absolument me rejoindre.
Tu essayais d'accélérer.
Alors tu t'encoublais.
Et tu tombais.
Tu voulais continuer à me suivre.
Ton corps, lui, ne pouvait plus.
J’ai encore ralenti ma marche, je te relevais à chacune de tes chutes, te disant que ce n’est rien.
Je voulais vraiment que tu marche un peu tous les jours car je savais parfaitement que le jour où tu n’y arriverais plus, ce jour marquerait un non-retour.
Les promenades devenaient de plus en plus difficiles.
Avec le cœur lourd, je pris une décision que je redoutais.
Au début du mois de juin, je cessai de t'emmener avec les autres chiens.
Je ne pouvais plus te demander un tel effort.
Mais je refusais que tu restes enfermée.
Chaque jour, je t'emmenais malgré tout au terrain de Conthey ou à celui de Saint-Léonard.
Là-bas, tu pouvais marcher tranquillement, sans stress, sans avoir besoin de suivre le rythme de la meute.
Certains jours, tout se passait relativement bien.
D'autres étaient beaucoup plus compliqués.
Il t'arrivait de tomber sans parvenir à te relever seule.
Alors je venais t'aider.
Et pourtant...
Il suffisait que je commence un entraînement d'agility.
Je te laissais libre, couchée à l'ombre.
Je pensais que tu resterais te reposer.
Mais tout à coup...
Je te retrouvais à côté de moi.
Tu voulais participer.
Tu voulais être avec moi.
Tu cherchais ma présence, mon contact.
Tu voulais travailler, faire un petit tunnel car tu y parvenais encore.
Comme si, pendant quelques instants, tu oubliais complètement que ton corps te trahissait.
C'était à la fois magnifique...
...et terriblement douloureux.
Car je savais que cette volonté extraordinaire ne suffisait plus.
Parfois aussi, tu t'oubliais.
Il t'arrivait de faire tes besoins sous toi.
Tu n'y pouvais rien.
Et moi, je voyais bien que cela te gênait.
Chaque jour devenait une succession de questions auxquelles personne ne pouvait répondre à ma place.
Jusqu'où fallait-il aller ?
Comment savoir quand le moment serait venu ?
Je me préparais à devoir te dire au revoir.
Mais je n'y arrivais pas.
Certains matins, je me disais que c'était sans doute le moment.
Puis, le soir même, tu trottinais presque comme avant.
Alors je repoussais encore cette décision.
Comment choisir, quand le cœur refuse ce que la raison commence à comprendre ?
Le 9 juin, j'installai un matelas à air dans le salon.
Je voulais te faciliter la vie.
Tu pouvais ainsi mieux te déplacer pendant la nuit pour aller boire.
Je laissais la porte-fenêtre ouverte sur le jardin.
Parfois, je t'entendais sortir doucement.
Je reconnaissais ton bruit de pas.
J'entendais aussi ces petits trébuchements qui me faisaient aussitôt ouvrir les yeux.
Alors je me levais pour venir t'aider.
Ces nuits-là étaient courtes.
Mais elles étaient précieuses.
Lorsque je devais partir promener les autres chiens, je ressentais toujours la même peine.
Je n'aimais pas te laisser.
Pourtant, les autres avaient eux aussi besoin de sortir.
À chaque départ, je te donnais une gourmandise.
Une façon de te faire patienter.
Une façon de te dire que je revenais bientôt.
Tu me regardais souvent avec ce regard que je connaissais si bien.
Comme si tu me demandais :
« Et moi ? »
Ces deux mots silencieux me brisaient le cœur.
Alors je cherchais toujours quelque chose qui te ferait plaisir.
Au début, je te donnais de longues friandises à mâcher.
Mais, à mon retour, elles étaient toujours intactes.
Je pensais que tu n'en avais simplement pas envie.
Alors, je te donnais des friandises plus simple à mâcher, mais aussi qui ne duraient pas le temps de mon absence.
A mon retour, ces friandises avaient toutes été mangées !
Le 29 juin, je compris enfin pourquoi tu laissais les friandises de mastication.
Je restai près de toi pendant que tu essayais d'en manger une.
Tu en avais envie.
Tu voulais la mâcher.
Mais dès que tu essayais de tenir ton buste droit tout en restant couchée, tu basculais sur le côté.
Tu tombais.
Ce n'était pas un manque d'envie.
C'était devenu impossible.
Alors je t'aidai.
Tu étais heureuse.
Et moi...
Je compris définitivement que le moment approchait.
Depuis une dizaine de jours déjà, ton état s'était nettement aggravé.
Tu n'arrivais presque plus à replacer correctement tes pattes arrière.
Elles se retournaient sous toi.
Lorsque tu buvais, tu ne parvenais plus à rester stable.
Ta patte arrière gauche, plus faible, se dérobait.
Tu tournais sur toi-même.
Puis tu tombais les fesses dans la gamelle d'eau.
Tu ne contrôlais plus toujours tes sphincters.
Lorsqu'au contraire tu arrivais encore à faire tes besoins normalement, tu conservais cette vieille habitude de marcher en même temps.
Mais désormais, tes pattes ne suivaient plus.
Il t'arrivait de tomber... dans tes propres déjections.
Ta masse musculaire avait fondu.
Il ne restait presque plus rien de ce corps si puissant, si rapide, si athlétique.
Et pourtant...
Le 19 juin, puis encore le 24 juin, pendant les entraînements d'agility, je te laissai libre, couchée à l'ombre.
Comme les fois précédentes...
Tu te relevas.
Et soudain...
Tu étais à côté de moi.
Toujours fidèle.
Toujours volontaire.
Tu voulais vraiment rester très près de moi.
Comme si ton cœur refusait d'abandonner.
Où avais-tu compris ?
Mais ton corps, lui, n'en pouvait plus.